NE D’AUCUNE FEMME- FRANCK BOUYSSE

30 October 2019 0 By Manon

“Les filles valent pas grand-chose pour des paysans ,en tout cas, pas ce que des parents attendent pour faire marcher une ferme, vu qu’il faut des bras et entre les jambes de quoi donner son nom au temps qui passe, et moi et mes sœurs, on a jamais rien eu de ce genre entre nos jambes. Si j’ai pas entendu mille fois mon père dire que les filles c’est la ruine d’une maison je l’ai pas entendu une seule. Il se cachait même pas de nous quatre pour le dire bien fort, comme si on était seules responsables du malheur qui lui pesait, nous, ces propres filles fabriquées avec son propre sang et celui de ma mère qui écoutait en tordant le nez, mais qui disait jamais rien, qui a jamais tenté de le contredire ou alors si c’est arrivé un jour, j’étais pas là.”

Né d’aucune femme, c’est un roman noir d’une incroyable justesse. C’est l’art de maîtriser la narration et les sentiments du lecteur. Un roman choral bouleversant qui vous marquera longtemps ! Un véritable coup de cœur et une première pour moi avec l’auteur !

C ’est une histoire bien sombre et poignante que nous conte le père Gabriel. Depuis quarante quatre ans il détient des carnets. Ceux de Rose. Rose, cette jeune fille des Landes qui, a 14 ans, a été vendue par son père Onésime, au Maître de la forge, un être infâme doté d’une perversité sans nom. Quatorze ans, une enfant, qui ne l’est plus aux yeux des démons. À la merci de cet homme répugnant et de sa mère, elle ne sera rien de plus que l’objet de leur plan machiavélique. Mais malgré sa jeunesse, Rose est d’une grande maturité et surtout d’une grande force. Une détermination qui lui permettra de faire face aux pires sévices physiques et psychologiques. Une volonté de fer qui .Les mots, la seule chose qui peut sortir libre de ses doigts.

“Un soir, avant qu’elle s’en aille, je lui ai demandé si elle pouvait me procurer du papier, de l’encre et une plume pour que je prenne le temps d’écrire tout ce que j’ai vécu. […] Tout ce que je savais, c’était que, si je le faisais pas maintenant, je le ferais jamais, et alors il resterait rien de moi, que même si c’était pas grand-chose personne d’autre que moi le raconterait.”

Écrire, la seule chose qui la rattache à la vie. Écrier, un mot qu’elle invente mais dont on comprend tout le sens.

“Je possédais encore un corps avec des bras, des jambes et une tête pour penser, mais en vrai j’étais morte, enfermée, bien décidée à laisser fondre le dedans de ma tête pour qu’on puisse plus rien me prendre.”

Nous sommes sous tension, voulant secourir Rose et appréhendant les prochains événements. Car oui il y a du suspens et des rebondissements dans ce récit et je ne m’attendais pas à des actes d’une telle noirceur !

“En vrai, j’existe pour personne. Il y a que ce qu’on partage qui existe vraiment, ce qu’on représente pour les autres, même si c’est que ça, parce qu’un simple souvenir vaut rien, qu’il se déforme toujours, se plie de façon à être rangé dans un coin. Les souvenirs, surtout les bons, c’est rien que de la douleur qu’on engrange sans le savoir. “

Un récit percutant qui se dévore. Une écriture sublime, poétique qui nous plonge totalement dans l’histoire émouvante de cette jeune fille. On entend Rose,on vit Rose, on est Rose…

Je ne sais pas si j’ai pleinement rendu hommage à cet ouvrage car les mots je ne les maîtrise pas aussi bien que Rose mais j’espère vous avoir donné envie de vous y plonger ! Ne passez surtout pas à côté de cette pépite!

Editeur: La manufacture des livres, 10/01/19, 334 pages