L’OEIL LE PLUS BLEU-TONI MORRISON

8 mai 2020 0 Par Manon

Reading Classics Challenge- Avril

« Elle restait assise de longues heures à se regarder dans la glace, en essayant de découvrir le secret de la laideur, cette laideur qui faisait qu’à l’école, les professeurs et ses camarades l’ignoraient ou la méprisaient. Il n’y avait qu’elle dans la classe à être seule à une table de deux….ils n’essayaient jamais de la regarder  et ils ne ’adressaient à elle qu’après avoir interrogé tout le monde… »

Je découvre l’auteure avec ce récit et si j’ai eu du mal au début à rentrer dans l’histoire, perdue par le style narratif , la suite s’est beaucoup mieux passée. .

L’œil le plus bleu se déroule dans les années 40 dans une Amérique ségrégationniste. Nous suivons les sœurs Claudia et Frieda MacTeer et la jeune Pecola Breedlove.Toutes les trois sont issues de la communauté Afro-américaine habitant à Lorain dans l’Ohio, et grandissent dans les violences, les discrimination, la pauvreté mais également le manque d’affection. Pecola se retrouve hébergée chez les MacTeer après que son père est mis le feu à leur maison.


Pecola idolâtre Shirley Temple et rêve d’avoir les yeux bleus. Claudia,elle, ressent de la haine pour toutes ces Shirley Temple du monde et déteste ces poupées blanches, blondes aux yeux bleus qu’on lui impose à Noël.« Je voulais plutôt ressentir quelque chose le jour de Noël. La vraie question aurait dû être : «Ma chère Claudia, qu’aimerais-tu connaître à Noël ? J’aurais répondu : je veux m’asseoir sur le petit tabouret dans la cuisine de maman, les jeunes couverts de Lila et écouter Papa jouer du violon pour moi toute seule. »


Le récit est découpé en quatre parties représentant les quatre saisons. Il y a de nombreuses voix dont celle de Claudia mais également des personnages secondaires. Nous suivons les aventures de Pecola et sa quête des plus beaux yeux du monde pour que l’on fasse enfin attention à elle, qu’elle se sente aimée, elle la petite fille laide … mais c’est un drame dont on ne s’attend pas qui s’abat sur le jeune fille. Une horreur. Une abomination qui la basculera dans la folie et dont elle ne recevra aucune compassion.


Le présent est entrecoupé par des chapitres sur l’enfance des parents de Pecola, Cholly et Pauline. Ces parties nous permettent de mieux connaître les personnages et de plus appréhender leurs comportements actuels…

Avec ce premier roman assez court et percutant Toni Morrison nous livre une analyse sans fioritures de ce qu’est « être Noir » et être une femme Noire.
Cette ségrégation persistante de la communauté Afro-américaine qui des dizaines d’années après l’abolition de l’esclavage doit toujours servir les familles blanches. Il est bien question du racisme ( même s’il n’est jamais nommé) des Blancs envers les Noirs, des métisses envers les Noirs mais également de cette haine intrinsèque des Noirs pour leur propre couleur. Des personnages criant de vérité et une plume sensible mais acérée.

« Des garçons faisaient cercle autour d’une victime, Pecola Breedlove. …ils l’entouraient comme un collier de pierres…troublés par leur propre odeur, encouragés par la puissance facile que donne le plus grand nombre, ils la harcelaient pour s’amuser « noire-de peau, ton père dort à poil, noire-de peau, ton père dort à poil………le fait qu’eux-mêmes étaient noirs et que leurs pères avaient les mêmes habitudes n’avait rien à voir dans l’histoire. C’était le mépris qu’ils éprouvaient pour leur propre couleur qui donnait son mordant à l’insulte. Ils semblaient avoir réuni toute leur ignorance doucement cultivée, leur haine de soi si bien apprise, leur désespoir minutieusement mis au point, pour en faire un paquet de violence et de mépris… »

Je pourrai disserter des heures compte tenu de la richesse des messages et je me rends compte que je l’apprécie d’autant plus plusieurs jours après lecture.

En bref, un roman qui restera gravé et durant lequel je n’ai pu que faire le parallèle avec le roman de Zora Neal Hurston « Mais leurs yeux dardaient sur Dieu »


🖋 Votre roman préféré de l’auteure ?


Belle soirée ⭐️⭐️

Editeur: Christian Bourgois, 23/09/1994,218 pages/ 10-18, 22/05/2018,224 pages