TRANCHER- AMELIE CORDONNIER

10 October 2019 0 By Manon

 “𝑱𝒆 𝒔𝒖𝒊𝒔 𝒄𝒉𝒆𝒛 𝒎𝒐𝒊 𝒒𝒖𝒂𝒏𝒅 𝒎ê𝒎𝒆, 𝒂𝒍𝒐𝒓𝒔 𝒇𝒆𝒓𝒎𝒆 𝒕𝒂 𝒈𝒖𝒆𝒖𝒍𝒆 𝒔𝒊 𝒕𝒖 𝒗𝒆𝒖𝒙 𝒑𝒂𝒔 𝒒𝒖𝒆 𝒋𝒆 𝒍𝒂 𝒓é𝒅𝒖𝒊𝒔𝒆 𝒆𝒏 𝒎𝒊𝒆𝒕𝒕𝒆𝒔” 

C’est revenu, comme ça sans prévenir, la violence d’Aurélien. Sept ans de répit et du jour au lendemain les insultes ont repris en ce week-end de septembre en famille. Uppercut. Cataclysme. Sous le choc. « Elle » pensait que la part d’ombre d’Aurélien ne referait plus surface. « Grosse pute », «Cachalot » , « Pouffiasse », « Connasse » et tous les autres noms qui riment en « asse ». Ces mots qu’elle se prend en pleine face, elle les note, en fait une liste. Elle aime ça faire des listes. Coucher ces mots sur le papier pour «  qu’ils aillent s’inscruster ailleurs qu’en elle ».Mais cette fois-ci c’est différent. Elle ne sombrera pas comme il y a sept ans. Elle doit prendre une décision. Pour elle, pour ses enfants Vadim et Romane. Elle doit trancher! Partir ou rester? Dans quelques mois, le 3 janvier elle aura 40 ans. Date limite de consommation de son ancienne vie. C’est décidé, le 3 janvier, Aurélien saura sa décision……

“Sept ans, c’est beaucoup. Mais ce n’est pas assez. Et toi qui croyais qu’il était guéri pour toujours ! C’est vraiment trop bête. Tellement dommage, surtout. Soudain la déception te coupe le souffle. Tu as le cœur lourd de tous ces rêves piétinés. Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu savoir que tout allait s’arrêter ? Et que sept ans plus tard tout recommencerait. Savoir d’entrée de jeu que ça ne durerait pas. Que le chagrin ne fait finalement toujours que se reposer?”

Un premier roman à l’écriture sincère et malheureusement très réaliste. Elle, cette femme sans nom, parlant à la deuxième personne du singulier. Une approche au premier abord déroutante mais qui donne toute sa force à ce récit poignant. Le « tu » pour se donner de la force, du courage. Elle nous parle et se parle à elle-même. D’ailleurs tout au long de ma lecture je me suis demandée , tout en espérant que non, s’il y avait une part autobiographique tellement les mots sont justes et criant de vérité.Doit-on accorder moins d’importance aux violences verbales ? Les blessures ne sont certes pas visibles mais pas moins préjudiciables. Sont-elles d’avantage pardonnables que les coups ? « Tu n’es qu’une merde » est-ce moins violent qu’un coup au visage ?

“Ne surtout pas écouter les horreurs qu’il dégueule tout doucement pour ne pas réveiller les enfants. Ne plus bouger, faire la morte et prier pour ne pas le devenir quand l’air commence vraiment à manquer. La phrase de Despentes, en boucle dans ta tête : “La colère est une pute qui n’a pas froid aux yeux.”
Aurélien finit par te libérer. Cela se termine aussi subitement que ça a commencé. Tu récupères ton roman en silence. Les lignes dansent sous tes yeux secs. C’est ta façon discrète de trembler.”

Pardonner, rester, partir, ne plus céder, tout recommencer. Un engrenage dans lequel les victimes n’arrivent pas s’extirper.Il s’excusera, trouvera ou non des circonstances atténuantes. Beau parleur, des mots d’amour après des mots de haine et beau tout court « tu es revenue à cause d’un jean qui épousait parfaitement son cul »

Trancher est donc roman qui ne vous laissera pas indifférent. Sans tomber dans le pathos, l’auteure a su aborder avec justesse la violence conjugale.Je comprends mieux maintenant tous les avis positifs que j’ai vu passer l’année dernière !

Vous l’avez-lu? Il vous tente?

Editeur: Flammarion, 29/08/2018, 176 pages / J’ai Lu, 04/09/19, 158 âges