RIEN N’EST NOIR- CLAIRE BEREST

24 November 2019 0 By Manon

Rentrée Littéraire 2019

“Tu sais pourquoi je pleure? Parce que j’ai été victime de deux horribles accidents dans ma vie, Diego, le premier c’est le tramway. L’autre c’est quand je t’ai rencontré”



Claire ce ne sont pas des paillettes que vous avez mis dans ma vie mais bel et bien des couleurs! Bleu de cobalt,rouge brasier, jaune tournesol et même noir d’encre…

En plus d’avoir enrichit mon vocabulaire colorimétrique, j’ai vécu ma lecture tel un tableau en pleine création, avec Frida déambulant dans mon salon.

Comme l’auteure, Frida et moi c’est une rencontre de plusieurs années. Je ne sais plus très bien quand tout a commencé à vrai dire. Quoi qu’il en soit chaque sortie de livres ou de produits dérivés me mets en joie 🤣. Et après cet ouvrage je crois que je n’ai pas fini ma collection!

Ce roman c’est le récit de l’amour passion. Celui de Frida, la jeune effrontée, survivante d’un accident de bus et du célèbre peintre Diego Rivera « El Elefante » à la tête de crapaud. À priori tout les séparait, l’âge, le milieu … Et pourtant il y a bien longtemps que Frida jeta son dévolu sur le géant mexicain, bien avant qu’il sache qu’elle existe. Et quand Frida décide d’avoir quelque chose elle l’obtient toujours.

Le récit est divisé en quatre parties . Les trois premières, les principales, s’étendent de 1928 à 1940 et s’articulent autour des trois couleurs primaires: le bleu, le rouge, le jaune. La dernière partie plus courte, retrace les derniers moment de Frida et s’articule autour du noir.

On suit donc la genèse de ce couple mythique ainsi que leurs vie quotidienne au Mexique, aux États-Unis, en France. Nous sommes tour à tour avec Rockfeller, Trotsky, André Breton et nombreuses autres personnalités que côtoyaient le couple.

Amour destructeur et passionnel, désillusions, avortements, fausses couches , maladie. Rien n’épargnera Frida. Et toutes ses émotions c’est dans la peinture qu’elle les exprimera. Autodidacte, femme libérée et résolument moderne, elle fut longtemps considérée comme la « femme de » avant que l’on se concentre sur son art.

“-Le problème c’est que Diego veut être aimé du monde entier et du siècle.

-Et toi Frida?

– Moi, je veux être aimée de Diego Rivera”

Grâce à sa plume sincère et passionnée  Claire Berest remet à l’honneur cette femme des temps modernes dont la vie s’est écourtée bien trop tôt…

Merci Claire pour ce roman magnifique et viva Frida !

Rencontre à La LIBRAIRIE COIFFARD le 20/11/19NANTES

“Elle m’a abritée et sauvée la vie plusieurs fois”

La rencontre entre Frida Kahlo et Claire Berest date de 20 ans, lors de son départ aux Etats-unis pour suivre son compagnon de l’époque. L’auteure ne connaissait personne et ne parlait pas anglais. C’est pour elle sa première expérience de solitude. “On s’intéresse, on est curieux.” Son compagnon lui donne une carte postale avec une peinture de Frida, artiste qu’elle ne connaissait pas. Une révélation pour l’auteure qui ne s’est alors plus sentie seule. “J’ai voulu tout découvrir d’elle : sa peinture,ses photos, son pays puis après je suis allée voir tous ses tableaux . Elle m’a abritée et sauvée la vie plusieurs fois.”  Amitié indéfectible. “Elle ne m’a jamais quittée et je ne veux pas la quitter”.

Claire Berest ne pensait pas écrire sur la peintre. C’est son compagnon qui lui suggère d’enfin parler de Frida. L’auteure sort de l’écriture de son dernier roman Gabriële, roman à quatre mains avec sa soeur Anne, sur leur arrière-grand-mère, l’artiste Gabriële Buffet-Picabia. Elle en ressort “essorée”.

“Parler de Frida pour transmettre la joie absolue qu’elle me transmet depuis 20 ans.”

Pas de planification d’écriture. Claire ne voulait pas faire de biographie mais juste “raconter cette femme incroyable” En commençant l’écriture un constat: “je me suis rendue compte que je ne parlais plus jamais de Frida sans Diego et de Diego sans Frida”. Prenons en exemple le passage de leur première nuit, Frida raconte à Diego son accident alors qu’à l’époque il n’était pas encore rentré dans sa vie. “Ce n’était pas décidé avant et ça été comme ça tout au long du livre et j’ai compris que ce n’était pas un livre sur Frida Kahlo mais sur l’amour fou littéralement.

“A partir des trois couleurs primaires on peut faire toutes les couleurs du monde comme avec toutes les lettres de l’alphabet on peut tout écrire.”

Ce roman est un triptyque avec les trois couleurs primaires. Car “à partir des trois couleurs primaires on peut faire toutes les couleurs du monde comme avec toutes les lettres de l’alphabet on peut tout écrire.” Le Bleu pour Frida c’est la tendresse et l’enfance. Ex: sa maison d’enfance à Mexico qu’elle a faite repeindre en bleue la “Casa Azul”. Le Rouge c’est le sang, ce qui brûle, ce qui est fort, les voyages, la création puis les premières fêlures. Le Jaune c’est l’angoisse pour Frida “c’est la couleur des sous-vêtements des fantômes” (extrait de son journal). Dans la dernière partie il est question de la couleur Noir. Rien n’est noir pour Frida.

“Est-ce que les choses sont noires ou non?”